Takashi Miike revient en compétition officielle, deux ans après Hara-Kiri, mort d'un samourai, remake pas inintéressant du superbe film de Kobayashi, notamment par le travail de rétention de la violence de la part d'un cinéaste plutôt porté sur la frontalité. Shield of Straw ne se situe pas à l'époque impériale mais dans le Japon contemporain. Le cinéaste formule un prologue sec et elliptique où une chaussure baigne dans une mare de sang. Une fillette a été assassinée, un milliardaire met à prix la tête de l'assassin présumé – plutôt un bon prix : 1 milliard de yens. La nature humaine étant ce qu'elle est, le deal va attirer un certain nombre de candidats, tandis que la police va devoir escorter l'accusé, et le protéger contre les chasseurs de primes. Les cartes du bien et du mal sont rebattues : qui est l'otage de qui ? Et tutti quanti. Miike dresse aussi par ce biais le portrait d'une société en crise, comme gagnée par une dynamique suicidaire, le tout sur un ton plus ou moins ricanant.

Shield of Straw se veut un film de genre sur la loyauté et la morale – les taupes sont évidemment partout, et le ver se trouve aussi dans le fruit –, où se pose la question de justice punitive versus justice institutionnelle. On peut également le rattacher au western puisqu'il s'agit d'un convoi au parcours semé d'embûches, tandis que la mise à prix (ici dans l'encart publicitaire dans tous les journaux du pays) tient vraiment d'un "WANTED" tout droit sorti d'une aventure de Lucky Luke à la poursuite des Dalton. On note de temps à autre quelques idées, tenant notamment dans l'usage des ellipses. Pour le reste, à vrai dire, à part donner une couleur – asiatique avec cascades et fusillades – à cette compétition, on ne sait trop ce qui a pu motiver sa sélection. Il s'agit d'un film sans relief, qui se contente d'exposer de façon assez paresseuse durant deux heures son chapelet de situations et de dilemmes.